Un nouveau pari

Par Jean-Luc Monterosso
Commissaire Général du Mois de la Photo du Grand Paris

En 1980, dans l’euphorie des commencements, le Mois de la photo à Paris était parvenu à rassembler non sans mal, 52 expositions. 80 000 visiteurs s’étaient précipités dans les musées, les centres culturels, les galeries. Henri Cartier-Bresson avait accepté, au Musée d’Art Moderne, une grande rétrospective de 300 photographies, et le Musée Carnavalet ouvrait pour la première fois ses portes à l’Art de Nièpce. Dans une petite salle, l’exposition Paris-Rome accueillait huit photographes, dont Bernard Plossu, Luigi Ghirri, Franco Fontana…

Au pavillon de Bagatelle, Bill Brandt recevait, ému, au milieu de ses nus, et en présence de son ami Brassaï, la grande médaille de Vermeil de la Ville de Paris. Et pour la première fois de son histoire, le journal Le Monde, dans un supplément spécial rédigé par Hervé Guibert, publiait des photographies.

Les vernissages se succédèrent, et comme une trainée de poudre, embrasèrent notre biennale. Le premier Mois de la photo était né. Il allait être repris dans plus de 30 villes : Houston, Montréal, Moscou, Rome, Rio, Vienne, Berlin…

En 1986, un jury prestigieux, présidé par le cinéaste Samuel Fuller, fût mis en place et décerna ses prix à Sebastiao Salgado et Dieter Appelt.

En 2002, la direction artistique fût confiée à trois délégués, choisis parmi des personnalités marquantes. Trois femmes : Elvan Zabunyan, Alice Morgaine et Caroline Bourgeois. En collaboration étroite avec Joël Brard, commissaire général adjoint, chacune d’entre elles devait sur un thème choisi, affiner une sélection et élaborer un programme. Cette formule devait perdurer jusqu’à ce jour.

Cette année, j’ai souhaité donner une impulsion nouvelle. Dans les bouleversements que connaît la photographie, il m’a paru souhaitable de ne solliciter qu’un seul délégué auquel il appartiendrait de redéfinir les enjeux d’un art en pleine mutation.

François Hébel, venant de quitter les Rencontres d’Arles, qu’il a marquées fortement de son empreinte pendant plus de quinze ans, m’a paru un choix évident. « Enfant du Mois », comme il aime à le rappeler – il avait organisé en 1982 une Nuit de la Photo mémorable au sommet de la Tour Eiffel – il accepta avec enthousiasme et je l’en remercie.

Très vite, s’imposa cependant à lui, l’idée d’aller plus loin, de pousser les murs de la Capitale, et de faire converger le Mois de la Photo vers des préoccupations plus actuelles. Il proposa alors de l’étendre au Grand Paris. Ce Grand Paris qui, jour après jour, se construit sous nos yeux et qui s’apprête, nous l’espérons, à organiser en 2024, les Jeux Olympiques.

Cette idée fût accueillie favorablement par la Mairie de Paris, et pour donner plus de force encore à notre biennale, la date fût repoussée de six mois. Paris vivra ainsi deux temps forts : Paris Photo en novembre et le Mois de la Photo du Grand Paris en avril.

Qu’on me permette dès lors, paraphrasant une formule qui a fait florès, de m’écrier avec joie : « le Mois est mort, vive le Mois ! ».