Le Mois de la Photo du Grand Paris – Avril 2017

Par François Hébel,
Directeur artistique du Mois de la Photo du Grand Paris

Pionnier lorsque Henry Chapier et Jean-Luc Monterosso l’ont créé en 1980, le « Mois de la Photo » voit sa formule et ses dates évoluer.

Le travail accompli depuis 36 ans a contribué à créer un engouement populaire très important pour la photographie, et a encouragé la capitale à se doter de structures permanentes dédiées à cet art dans une proportion unique au monde.

La mission assignée à cette nouvelle édition est de faire doublement connaissance dans l’espace du Grand Paris : exploration de la photographie d’une part et d’un territoire en grande mue d’autre part.

Nourrie de l’énergie réelle et enthousiaste de centres d’art, lieux patrimoniaux, collectivités publiques, galeries, institutions publiques et privées qui n’avaient jamais participé au Mois de la Photo, cette édition s’appuie aussi sur les lieux parisiens qui ont fidèlement fait le succès de ce festival.

Cet espace élargi dessine de nombreux parcours. D’une exposition à l’autre, ils permettent de découvrir des richesses patrimoniales, naturelles et des curiosités urbaines, cadre de vie de 18 % des français (2 millions à Paris et 9 millions autour) dont les habitants ne connaissent souvent que les villes de proximité.

84 expositions sont réparties dans un Grand Paris sans frontières rigides : à l’Est depuis Clichy-sous-Bois, ville symbole des distances mentales qui se sont dressées au fil des décennies, s’ajoutant aux barrières physiques, jusqu’à Poissy ou Mantes-la-Jolie à l’Ouest, Châtenay-Malabry ou Clairefontaine-en-Yvelines au Sud. Ce sont en tout 27 communes, y compris Paris, qui participent à cette émulation photographique.

Le principe reste identique : fédérer autour d’une forte communication et d’un catalogue, des initiatives individuelles produites par des musées, institutions, galeries et instituts étrangers situés sur ce territoire, et dont Jean-Luc Monterosso et Joël Brard m’ont confié de sélectionner les propositions.

Une vingtaine de lieux présentent des expositions inédites de très grands noms de la photographie internationale. Une large section présente un panorama, jamais réuni auparavant, de photographes français contemporains.

Ce programme constitue la première occasion à cette échelle de faire le point sur les générations montantes de la photographie française, et sur un phénomène devenu spectaculaire : les nombreuses commandes publiques qui leur permettent de produire.

Les participants font de réels efforts pour s’inscrire dans ce Mois de la Photo et utilisent une variété de modes de présentation, de la cimaise à l’espace public.

Pour encourager les visiteurs à une plus grande mobilité cette édition se déplace au printemps (avril 2017).

Trois « Week-Ends Intenses » sont organisés suivant des parcours géographiques : « Week-End Intense Nord-Est », «Week-End Intense Sud-Ouest », et « Week-End Intense Diagonale». Promenades autonomes, ouvertes à tous, aux conditions d’admission habituelles de chaque lieu, elles se substituent aux vernissages réservés.

Lors de ces week-ends, les photographes et les commissaires seront présents dans leurs expositions, multipliant les occasions de rencontres. Chaque institution organise par ailleurs des vernissages aux dates de son choix avec ses invités habituels.

Cette mission élargie de la biennale bénéficie du large intérêt et de l’expertise que connaît désormais la photographie, et de l’excellence du tissu culturel du Grand Paris en matière de médiation avec les publics.

Vivre à proximité de la plus belle ville du monde est une difficulté pour attirer sur soi la curiosité. Pourtant, à sillonner depuis un an ce Grand Paris en intense transformation, je me suis régalé de découvertes, patrimoniales, souvent urbaines et architecturales et toujours humaines.

Il n’y a pas que Brooklyn ou Berlin, les artistes l’ont compris depuis longtemps puisqu’il n’y a pas de commune où ils n’aient trouvé les espaces qui leur permettent de créer.

Doté d’un programme riche et varié, dans un Grand Paris où la méconnaissance génère des fantasmes réciproques entre ses habitants, cette édition du Mois de la Photo prend sa modeste part civique au tissage de liens fraternels.